L'Oasis de MBardial, en plein Sahel et sa Banque Verte visés par une administration abusive

“Dans la vallée du Fleuve Sénégal,
entre la Casamance, le Mali et la Mauritanie,

nous, femmes des groupements «Seydou Nourou» et  «Sohkna Aïssa Badial», cultivons le Moringa depuis 2009, grâce au soutien de la société sénégalaise Eirin International. 

La culture du Moringa nous permet de pratiquer l’agroforesterie dans les zones d’ombrages, et de subvenir aux besoins de nos familles. L’oasis de MBardial représente à la fois l’avenir de nos enfants et notre unique source de revenus. Située en pleine zone aride, elle nous appartient pleinement et totalement, à nous, femmes peules, et est le fruit de notre travail depuis plus de 10 ans.

Cette économie florissante est rendue possible par la Fondation Bioniria créée en 2018 pour parachever les actions initiées dans la vallée du fleuve Sénégal par Eirin International avec le soutien du Dr Idriss Aberkane. L’activité de la Fondation Bioniria vise à sédentariser nos familles autour d’une auto-suffisance alimentaire et entrepreneuriale, en nous fournissant un appui sous la forme de «micro venture capital» — aussi appelé «finance islamique» ou prêt sans intérêt avec prise de participation.

La société Eirin International, financée par la Fondation Bioniria, appuie les groupements féminins dont nous faisons partie, en mettant à notre disposition moulins, semis et pieds à planter ; en nous donnant un accès régulier à l’eau pour nos cultures ; et en achetant le fruit de notre production. Au-delà du plan matériel, c’est également notre éducation que la Fondation Bioniria finance à travers des campagnes d’alphabétisation dans nos langues maternelles et l’apprentissage des techniques horticoles, nous permettant de maîtriser la globalité de nos projets.

Toute une économie consacrée au développement d’activités fructueuses, générant pour nos groupements des revenus substantiels entre 60 et 100 000 F CFA par mois, s’est développée autour de nos villages. Jusqu’au jour où à notre grand désarroi, ces activités s’arrêtèrent net à cause du blocage des comptes de la Fondation Bioniria en Suisse, par un groupement d’individus aux intentions qualifiées par les avocats de « douteuses et dépourvus de toute qualité ».

Une bombe financière
envoyée par la Suisse

Fin 2019 un groupe de ressortissants suisses, a entrepris d’accaparer les ressources financières de la Fondation Bioniria en produisant des commandements de payer illicites et constitutif de dénonciation calomnieuse — alors que la fondation n’avait aucune dette. 

Début 2020, contre toute logique et impartialité vis à vis des faits, a été ordonné le séquestre des comptes de la Fondation Bioniria. N’étant fondés sur aucune preuve ni soupçon valable, ses séquestres sont encore effectifs aujourd’hui, bien que les dénonciations initiales aient été classées et leurs auteurs déboutés.

 

Dans cette affaire grave, nous, femmes peules, accusons plusieurs hauts fonctionnaires de justice suisse de corruption, d’abus d’autorité et de faux dans les titres, pour avoir :

Tout d'abord

• considéré des dettes nulles et non avenues, qu’aucune preuve ne justifiait

• ordonné des séquestres sans aucune raison valable

Ensuite

• sciemment ignoré de nombreuses preuves et déclarations des parties, dont nous sommes

• refusé de mener les investigations nécessaires et commis un déni de justice

• déclaré officiellement qu’aucune personne morale ou physique n’était lésée par ces séquestres — alors que nous étions déjà 263 a avoir porté plainte

Et enfin

• usé volontairement de mensonges pour poursuivre des séquestres illicites

• tenté de justifier par tous les moyens leurs décisions abusives, niant toute exactitude envers les faits et les preuves mis à leur disposition

Depuis bientôt 10 mois nous sommes privées de tous les financements dont nous bénéficions pour l’entretien de nos cultures, leurs récoltes et transformation, ainsi que ceux dédiés à notre formation et éducation.

Des dommages considérables
et irréparables

Les projets suivants — sur lesquels nous travaillons pour certains depuis plusieurs années — sont aujourd’hui gravement ralenti, voire complètement à l’arrêt : construction de salles de classe, installation de systèmes d’irrigation, protection des récoltes par l’installation de grillage, construction de cases de santé, dotation en ambulance, construction d’une salle de transformation et piste de production.

Ce blocage des comptes de la Fondation Bioniria nous empêche de vendre la poudre de Moringa que nous produisons, notre unique source de revenus, et nous place dans un état profond de vulnérabilité, accru par la crise sanitaire mondiale. En Mai 2020, l’étendue des dégâts causés par l’arrêt des activités a été estimé par huissier de justice à 1 milliard 122 millions de Francs CFA.  Cette situation entraine de surcroît un préjudice matériel et psychologique difficilement réparable aux quelques deux cent soixante femmes de nos groupements, ainsi qu’à nos familles.

C'est pourquoi, nous,
femmes peules, entrepreneuses
maraîchères et agroforestières,

établies en coopérative de fait, librement constituée, avons adopté la déclaration du 22 septembre afin de sauver notre oasis, notre avenir et celui de nos enfants. 

Nous ne prendrons repos que lorsque justice sera rendue, et en appelons pour cela à tous les soutiens qui peuvent nous aider dans cette tâche, d’autant plus difficile qu’elle nous oppose nous, femmes de populations pauvres et vulnérables, à l’une des administrations les plus riches et les plus puissantes au monde. »